Questions d’actualités à l’Assemblée cette semaine. J’en ai profité pour questionner le Ministre de l’ Éducation sur son action en matière de lecture.
Vous savez que je suis désireux de voir le Ministère et les acteurs éducatifs sortir des approches théoriques qui créent un climat passionnel pour fonder le débat sur des arguments objectifs, incontestables, et facteurs de sérénité.
C’est pourquoi j’ai toujours proposé dans ce blog qu’on évalue les différentes méthodes à partir des évaluations des élèves. J’ai donc repris cette proposition dans ma question au Ministre.
Ce dernier n’a guère voulu s’appesantir, pensant qu’il a déjà beaucoup parlé à ce sujet. Libre à lui. Le débat reste donc ouvert…
« Monsieur le Ministre,
Nous sommes tous très attachés à une bonne maîtrise de la lecture, qui est à la fois clef de toute réussite scolaire et d’une bonne insertion professionnelle et sociale.
Nous savons ici les difficultés de la tâche des enseignants auxquels je tiens à rendre hommage tant notre société offre d’autres sollicitations que la lecture, tant nous valorisons d’autres modèles que celui du lecteur et nous avons tous là notre part de responsabilité en tant que parents.
Vous avez rappelé dans un texte équilibré en mars que l’apprentissage de la lecture commençait par celui du déchiffrage et que le début du CP devait y être consacré en associant des syllabes aux sons.
Il y a l’apprentissage du déchiffrage puis l’acquisition du sens. D’où après le déchiffrage, l’essentiel des enseignants pratique un mixte à partir d’emprunts faits à différentes approches, à différentes méthodes que vous avez appelé à concilier plutôt qu’à opposer.
Différentes approches correspondant d’ailleurs aux différences que l’on constate entre des élèves dont certains s’appuieront plus sur la vue, ou plus sur l’ouie, ou plus sur le geste pour apprendre.
Or il est possible de mesurer l’efficacité de différentes approches, non pas de façon théorique mais concrètement en évaluant leurs résultats respectifs puisque les acquis des élèves en lecture sont évalués individuellement en CE1.
Pour nous, la liberté pédagogique des enseignants – dans le cadre des orientations qui leur ont été données – est indissociable de l’évaluation. Nous sommes attachés et à l’une et à l’autre.
Aussi, pouvez-vous nous préciser si vous êtes prêt à faire procéder à l’évaluation non pas théorique et passionnelle mais sereine et objective, des différentes pédagogies employées en matière de lecture à partir de leurs résultats sur les élèves ? J’ajoute que c’est probablement la bonne voie pour rassurer des parents qui se sont inquiétés. »
Gilles de Robien : « Le socle commun de connaissances et de compétences : le Parlement l’a voulu, nous le mettons en œuvre ! En matière d’apprentissage de la lecture, l’immense majorité des enseignants applique la méthode préconisée et nous pourrons mener toutes les évaluations utiles pour le vérifier. »
Il n'a pas répondu que ça, quand même?
Rédigé par : Un prof | 20 octobre 2006 à 07:36
La formation des jeunes ne doit pas se limiter à accumuler des connaissances mais aussi à développer des qualités humaines comme le courage, la ténacité, le caractère…
C’est en ce sens que je vous signale le Blog que je viens de créer et dont le titre est « L’UMP et la formation humaine des jeunes ».
Ce Blog est, d’abord, un lieu de réflexion sur la formation humaine des jeunes, notamment par la navigation en équipage à bord de grands voiliers, la traversée de déserts à cheval, la course en haute montagne…
Mais, il relate aussi un détournement de fonds publics considérable, de 3,5 milliards de dollars – celui des indemnités de la guerre du Golfe 90/91- qui, s’il est confirmé, va poser, pour les prochaines élections, de gros problèmes aux mitterrandiens…
Vous pouvez consulter ce Blog sur :
http://euroclippers.typepad.fr/
Bonne lecture
Jean-Charles Duboc
Rédigé par : Jean-Charles Duboc | 20 octobre 2006 à 13:01
Monsieur Pierre-André Périssol,
Vous précisez :
"...Différentes approches correspondant d’ailleurs aux différences que l’on constate entre des élèves dont certains s’appuieront plus sur la vue, ou plus sur l’ouie, ou plus sur le geste pour apprendre..."
Effectivement les élèves n'apprennent pas tous de la même façon. Vous parlez des profils pédagogiques mis en évidence par Antoine de la Garanderie. Je ne pense pas malheureusement que les différentes méthodes s'appuient sur les profils des élèves.
Concernant le déchiffrage vous affirmez : "Il y a l’apprentissage du déchiffrage puis l’acquisition du sens."
Mon expérience me prouve que cet apprentissage est simultané. Au début de l'activité de déchiffrage, l'enfant a du mal à retenir les mots qu'ils déchiffrent. Tout se passe comme si le nouveau mot effaçait les précédents,voire même qu'il, oublie la première syllabe. Mais petit à petit il mémorise les mots précédents, ou les syllabes précédentes. Lorsqu'il déchiffre, il fait appel au sens, puisqu'il est capable d'expliquer le mot ou la phrase qu'il vient de déchiffrer. Tout cela est évidemment progressif, et demande que l'on y consacre du temps.
Tout cela implique également que les enfants n'apprennent plus en maternelle (notamment en grande section) les mots globalement mais qu'ils apprennent les lettres de l'alphabet et que l'on enrichisse le vocabulaire des enfants.
Rédigé par : Grégoire Kueny | 21 octobre 2006 à 09:07
(Sur mon blog)
Lecture : pour mettre un terme à la polémique.
Je pense que pour le bien de nos enfants il est grand temps de mettre un terme à la polémique actuelle sur la lecture. Une expérimentation à grande échelle pourrait clarifier le problème.
Il suffirait de recruter des maîtres volontaires pour participer à l'expérimentation.
Protocole :
Chaque méthode utilisée devrait être détaillée clairement.
Dix maîtres et donc dix classes pour chaque méthode utilisée.
Les élèves d'une même ville seraient sélectionnés au préalable pour constituer des classes homogènes entre elles (milieu socio culturel, niveau de langage, discrimination auditive, profil pédagogique (visuel, auditif , kinesthésique) et QI).
Des observateurs dans chaque classe ( deux parents d'élève, un maître favorable à la méthode, un maître non favorable à la méthode ).
Cuaque maître consacre le même nombre d'heures à l'apprentissage de la lecture et des autres matières ou activités scolaires au programme.
Une évaluation au début de l'expérience. Une évaluation en fin d'expérience.
Evaluation :
Les évaluations sont filmées. Elles portent sur la lecture à haute voix et la compréhension de texte par écrit. L'évaluation n'est pas connue à l'avance par les maîtres. Elle utilise du vocabulaire connu par les enfants de cet âge.
Cette expérience devrait être largement médiatisée. Son lancement ainsi que le résultat de l'expérience pourraient faire l'objet d'émissions télévisuelles à une heure de grande écoute.
Suite à cette expérimentation, il faudra modifier la formation des professeurs des écoles et généraliser l'utilisation de la méthode ou des méthodes efficaces.
Rédigé par : Grégoire Kueny | 21 octobre 2006 à 09:08
à Jean-Charles Duboc
Vous dites:
"La formation des jeunes ne doit pas se limiter à accumuler des connaissances mais aussi à développer des qualités humaines comme le courage, la ténacité, le caractère…"
Tout à fait d'accord.
Vous proposez:
"un lieu de réflexion sur la formation humaine des jeunes, notamment par la navigation en équipage à bord de grands voiliers, la traversée de déserts à cheval, la course en haute montagne..."
Mon point de vue:
Heureusement que la formation humaine peut à mon avis, se construire aussi, dans un environnement plus quotidien comme l'investissement dans sa propre famille où dans le quartier, notamment dans l'associatif au service des autres et pas obligatoirement dans ces situations "exotiques".
Petite interrogation complémentaire: Combien sont susceptibles de coùter les "formations" dont vous parlez.
Et qui y aurait accès?
Autre remarque, dans les qualités humaines, je mettrai aussi l'honnêté.
A lire l'objet de la fin de votre commentaire,dans un blog qui s'efforce à rester dans le domaine du débat constructif (même s'il est parfois polémique), je ne suis pas sùr que cette qualité soit pour vous prioritaire.
Elle est pour moi indispensable à la revendication du respect de ses interlocuteurs.
G Cirla
Rédigé par : Cirla | 23 octobre 2006 à 12:45
Au cri du cœur du "Prof" selon lequel le Ministre de l’Éducation Nationale "n’a pas répondu que ça quand même", je me dois d’apporter les précisions suivantes.
Sur le sujet de la lecture, oui. Il est en revanche intervenu sur le sujet de la grammaire.
"Le socle commun de connaissances et de compétences : le Parlement l’a voulu, nous le mettons en œuvre ! En matière d’apprentissage de la lecture, l’immense majorité des enseignants applique la méthode préconisée et nous pourrons mener toutes les évaluations utiles pour le vérifier.
J’aborde maintenant la réforme des programmes, en vue de les adapter à chacun des sept piliers du socle. Dès demain, je mets en place des groupes de travail à cet effet, animés par des personnalités de très haute qualité.
S’agissant de la grammaire, essentielle pour donner aux jeunes des repères dans le temps et pour aider à la socialisation, je rappelle que le Haut conseil de l’éducation a unanimement recommandé que des cours systématiques soient dispensés, en plus de ceux consacrés à l’observation des textes. À ce sujet, j’ai confié à M. Bentolila une mission, dont il me rendra les conclusions à la fin du mois prochain.
Enfin, je souhaite que les parents comprennent ce que leurs enfants apprennent. Il y a, dans les programmes, des termes qui trouveraient mieux leur place dans l’enseignement supérieur ou dans la recherche qu’à l’école et au collège. Il faut donc s’attacher à simplifier le vocabulaire.
Oui, Mesdames et Messieurs les députés, des progrès sont en marche à l’éducation nationale !"
Rédigé par : Pierre-André Périssol | 25 octobre 2006 à 19:17
Monsieur Périssol,
Qu'appelez-vous "personnalités de très haute qualité" ?
Je souhaite que ce ne soit pas ceux, du style Monsieur Merieu, sinon vous retournez à la case dápart.
Par ailleurs, si toutes les personnes ont le profil de Monsieur Bentolila, cela me rassure un peu.
Quant à la lecture, j'avais ce matin une réunion avec des parents d'élèves à l'étranger, dont les enfants sont scolarisés dans un lycée francais. Beaucoup sont scandalisés des résultats ultra-moyens en ce qui concerne la lecture, l'écriture (inexistante), conjugaison (le strict minimun), grammaire (inconnue)....
Je peux vous affirmer que la lecture globale (mixte, idéo-visuelle et tout ce que vous voulez) est toujours utilisée.
Donc, mon conseil a été le suivant : commande en grande quantité de la Méthode Bosher.
Il faut bien se substituer à l'école, puisque les résultats des évaluations de CE1 et 6e sont catastrophiques.
Mais, trois éléments me paraissent extrêment graves.
1 - Les enfants sont en perdition au niveau de l'instruction.
2 - Cette école publique francaise est onéreuse : plus de 3500 euros par enfant.
3 - Les étrangers qui faisaient confiance au système E.N, sont en train de réaliser qu'ils sont leurrés.
Lorsque Monsieur Douste-Blazy vante l'excellence des lycées francais à l'étranger, je peux douter qu'il y ait scolarisé un seul de ces enfants.
Bilinguisme : oui - Pas de problème lorsque vous êtes en immersion totale, mais l'exigeance de l'instruction est aux oubliettes. Le système est équivalent au système national. En décomposition.
Cordialement
Rédigé par : Carole | 27 octobre 2006 à 23:47
Mise au point sur l'apprentissage de la lecture.
Le ministre a fort justement recentré le débat sur la manière d'apprendre le code alphabétique de la langue.
Il y a trois manières possibles d'apprendre ce code :
- l'approche synthétique qui va des parties (graphèmes) vers le tout (les mots) [méthode alphabétique ou mal nommée syllabique]
- l'approche analytique qui va du tout (le mot) vers les parties (les graphèmes) [méthode globale]
- l'approche mixte qui combine les deux précédents [méthodes mixtes, semi-globales, intégratives]
Une vingtaine de chercheurs concluent qu'il n'y a pas de différences significatives d'efficacité entre les trois approches.*
Des travaux incluant ceux de la neurophysiologie, parviennent à une conclusion plus tranchée.
Ce qui est important à retenir c'est que pour la première fois depuis l'abandon du ba-ba, toutes les méthodes sont acceptables, y compris la méthode alphabétique (ba-ba), à l'exclusion de la méthode globale.
Malheureusement les textes officiels s'opposent à l'utilisation de l'approche synthétique (méthode alphabétique, ba-ba).
Dans la circulaire du 5 janvier 2006 le ministre insistait sur la pratique du décodage mais ne donnait nulle précision concernant le "mode opératoire" estimant que le choix relevait de la responsabilité des maîtres. Les maîtres pouvaient donc utiliser une méthode alphabétique.
L'arrêté du 24 mars 2006 (JO du 30 mars 2006) impose un "mode opératoire", puisqu'il précise d'"utiliser deux approches complémentaires".
Extrait de l'arrêté : "Pour ce faire, on utilise deux approches complémentaires : analyse de mots entiers en unités plus petites référées à des connaissances déjà acquises, synthèse à partir de leurs constituants, de de syllabes ou de mots réels ou inventés".
L'utilisation de la méthode alphabétique qui n'utilise que l'approche synthétique est éliminée.
Le texte officiel est donc plus restrictif que l'avis des experts.
Le rapport de l'inspection générale **(8 novembre 2006) conclut à l'application des textes. On peut lire notamment page 12 : "..Ils (les maîtres) mettent en place un apprentissage structuré, probablement davantage et plus tôt qu'ils ne le faisaient, et engagent pour la plupart l'étude systématique des relations graphèmes phonèmes".
En conclusion, il est important que les parents restent vigilants et suivent la progression de leurs enfants scolarisés en CP. Si l'enfant est perturbé (intellectuellment ou physiquement) et rencontre toujours des difficultés en novembre au CP, il est important que les parents apprennent eux-mêmes à lire à leur enfant, à l'aide de documents ou d'ouvrages qui proposent une démarche synthétique (méthode alphabétique).
* site de Franck ramus www.ehess.fr/centres/lscp/persons/ramus/lecture/index.html
** http://media.education.gouv.fr/index.html
Rédigé par : Grégoire Kueny | 15 novembre 2006 à 17:07
Merci pour votre conseil Grégoire, mais rassurez-vous les parents pour beaucoup, apprennent déjà à lire à leurs enfants.
Rédigé par : Carole | 15 novembre 2006 à 17:42