Repris, donc, le chemin de l’école… Après des semaines buissonnières, j’ai moi aussi passé les portes des établissements de Moulins, pour rencontrer les enseignants, les élèves et leurs parents. Et je partage de tout cœur avec eux ces moments qui se situent entre une légère appréhension et un enthousiasme renouvelé. Car, tous, nous avons envie de faire mieux que l’année précédente… Et puisque j’ai ouvert ce blog, ça veut aussi dire, pour moi, faire mieux ici même.
Alors, je vous livre mes propositions. Outre quelques modifications d’ordre purement visuel, je souhaite que cet espace confirme ce pour quoi il a été créé : le débat, l’échange et l’écoute. Pour alimenter ledit débat, le propos d’un politique, d’un écrivain ou d’un acteur de l’éducation, sera commenté chaque semaine. Et puis, je souhaite donner la parole à d’autres que moi et proposerai dorénavant des tribunes libres à tous ceux qui souhaitent exposer leurs idées, leurs réflexions, leurs travaux sur l’éducation. Enfin, puisque l’avenir de l’École passe par des actions concrètes, j’aimerais que ce blog en soit le relais. Car les initiatives de chacun des acteurs du monde éducatif doivent aujourd’hui être entendues de tous. En d’autres termes, témoignez ici, au-delà de ce que vous pensez, de ce que vous êtes amenés à faire. Cet espace est le vôtre.
Toutefois, je ne m’effacerai pas pour autant ! Car, il faudra quand même bien un jour s’attaquer frontalement au problème éducatif. Alors, je l’avoue : je compte bien participer au débat et ne le laisserai pas se perdre dans la nuit. Certes, nous avons repris le chemin de l’école. Mais celui qui mènera à la réussite de tous les élèves, celui qui leur permettra d’acquérir ce socle commun indispensable à un meilleur avenir, celui-là aussi il faut le reprendre. Aujourd’hui. C’est ce que j’ai dit dans une libre opinion, parue mardi dernier dans Le Figaro et c’est ce que je continuerai de dire.
Je campe donc sur mes positions : le débat sur l’École, s’il a été engagé l’année dernière, reste devant nous…
Dans votre tribune libre vous évoquez le problème central de la maîtrise de la langue et de la lecture. Inutile de mobiliser les sportifs ou autres. Une bonne méthode de lecture analytique pour apprendre à déchiffrer et un apprentissage tout au long du primaire pour apprendre à analyser un texte afin d'en comprendre le sens.
Rédigé par : grégoire kueny | 02 septembre 2005 à 22:30
BATIR UN SOCLE POUR L'ECOLE, CERTES MAIS POUR CONSTRUIRE QUELLE ECOLE? POUR QUELLE SOCIETE?
Bravo pour cette volonté acharnée à bâtir ce socle commun. On a vu ce qu'il est resté des propositions de la commission Thélot... Je crains que le nouveau Conseil chargé d'élaborer ce socle soit assez rapidement confronté à de grosses difficultés, non pas tant à cause des divergences d'opinions concernant les éléments indispensables ou nécessaires devant composer le socle, que du fait de l'absence de finalités politiques claires concernant l'Ecole dans la Loi d'orientation.
Le Ministre Fillon a fixé des objectifs "quantifiables" au système éducatif, en terme de taux de réussite (objectifs sortis de la Loi et renvoyés au rapport annexé). Mais ces objectifs ambitieux et louables, ne disent rien de la "finalité" de l'Ecole, c'est à dire de la mission politique que la Nation lui assigne.
Je m'explique.
L'Ecole du XIXème avait pour mission de construire la raison contre l'obscurantisme religieux et la république contre les menaces de restauration monarchique.
Quelle est la "mission" assignée à l'Ecole du XXIème siècle qui donnerait sens autant aux contenus qu'aux pratiques professionnelles des enseignants, ou à son organisation ...
Permettre à tous les élèves d'acquérir un "socle commun de connaissances" permettant tout à la fois de garantir une certaine cohésion culturelle parmi les citoyens et une diversification des parcours personnels de formation... Parfait et indispensable... mais pour quelle finalité? Pour construire quelle Ecole pour quelle société?
Les problèmes que les citoyens du XXIème siècle vont avoir à résoudre compte tenu des bouleversements économiques, sociaux, politiques économiques ou écologiques qui s'opèrent déjà, nécessitent une réelle ambition pour l'Ecole, la définission d'une nouvelle mission adaptée aux enjeux actuels et futurs... On peut lire et relire la Loi, ces finalités "politiques" au sens noble du terme sont quasiment absentes (si ce n'est la référence à la construction de l'Europe...)
La finalité politique assignée par la Nation à son Ecole étant absente de la loi, comment définir le "socle", comment fixer l'urgent, l'indispensable, le nécessaire... Pour construire quelle société?
Je crains qu'il soit difficile de se mettre d'accord sur le chemin à prendre et sur les moyens pour le parcourir, si l'on ne sait pas où l'on va???...
Rédigé par : VINCENT Jean-François | 03 septembre 2005 à 16:47
Jean-françois pense que la nation doit fixer à l'école une finalité politique. Il faudrait former les élèves pour tel type de société.
Le rôle de l'école n'est pas de formater les individus. Cela s'appelle du totalitarisme. Le rôle de l'école consiste à donner aux élèves le moyen de réfléchir par eux-mêmes. Pour cela elle doit leur donner les outils nécessaires qui sont essentiellement la capacité de lire, d'analyser et de comprendre le sens des textes qu'ils lisent. Elle doit également leur transmettre une solide culture générale et l'essentiel des expériences et découvertes de ceux qui nous ont précédés.
Ce sera aux nouvelles générations de décider quelle forme de société ils veulent. Ce n'est pas à nous de les formater. Notre modèle de société n'est pa sle meilleur et je ne vois pas au nom de quoi nous devrions l'imposer aux générations futures. Méfions nous de tous ceux qui veulent imposer un type de société. L'expérience communiste a montré et montre toujours que les meilleures intentions du monde peuvent reéaliser l'enfer sur terre.
Rédigé par : Grégoire Kueny | 03 septembre 2005 à 18:09
Avant tout, je tiens à rassurer Grégoire.
Quand j'affirme qu'un Etat doit avoir une ambition politique pour son Ecole, je ne sous entends pas qu'il doivent "formater les esprits"...ou les rééduquer...
Je veux juste dire qu'un Etat a (ou devrait avoir) obligatoirement une ambition politique pour son Ecole, même (et peut être surtout), quand il ne la manifeste pas... Comment pourrait-il en être autrement puisqu'il s'agit de former les citoyens?
La conception que l'on se fait de ce que doit être "l'éducation des citoyens" est nécessairement dépendante de la vision que l'on se fait de la société, de ses valeurs, de ses enjeux, et de la place, du pouvoir, qu'y occupera le citoyen... C'est cette définition que j'appelle "politique".
En France, "l'ambition politique" a longtemps été constitutive du projet de l'Education nationale et de son évolution. Que ce soit par exemple, au travers des loi de 1882, du plan Langevin-Wallon ou plus récemment du "collège unique" voulu par Giscard, les choix effectués ont toujours été dictés par un "projet politique d'éducation et de formation des citoyens". Et quand ce projet n'était pas explicite, les choix effectués, en étaient les révélateurs (je conseille à Grégoire de relire les instructions du 5/04/1942 pour s'en convaincre).
Aujourd'hui, comme le soulignait le rapport Thélot, c'est un euphémismle de dire, que ce n'est plus le cas: "Le projet éducatif de l’École n’est plus, comme hier, porté par un volontarisme politique arrimé à une conception ambitieuse de la Nation et du Progrès... »
Pour répondre à ce constat, la commission Thélot faisait un certain nombre de propositions visant à redonner à l'Ecole, une ambition, et les moyens de la construire...Malheureusement, l'ambition a été abandonnée (il suffit juste de comparer les propositions faites dans le domaine essentiel du vivre ensemble par exemple par la commission, et ce qui en reste dans la loi pour se convaincre de cette triste réalité).
Non décidemment, je persiste à dire que si l'on ne sait pas où l'on va, on va avoir du mal à se mettre d'accord sur les moyens et les itinéraires pour s'y rendre.
Rédigé par : VINCENT Jean-François | 06 septembre 2005 à 16:56
Monsieur Jean-François Vincent,
Je tiens à préciser ma pensée. Le rôle de l'école n'est pas de former des citoyens. Lui attribuer ce rôle est une dérive et ce n'est pas parce que l'Etat cède à cette tentation au cours de l'histoire qu'il faut continuer sur cette voie. Il serait utile de relire Hannah Arendt (La crise de l'éducation in La crise de la culture). Elle conclut son chapitre : "C'est également avec l'éducation que nous décidons si nous aimons assez nos enfants pour ne pas les rejeter de notre monde, ni les abandonner à eux-mêmes, ni leur enlever leur chance d'entreprendre quelque chose de neuf, quelque chose que nous n'avons pas prévu, mais les préparer d'avance à la tâche de renouveler un monde commun".
Je crois que le rôle de l'école consiste à instruire et à permettre à chaque élève en fin de scolarité d'exercer son jugement sur les êtres et les choses qui l'entourent.
Qui peut dire que notre société est la bonne ou celle que voudront nos enfants? Nous n'avons pas, en décidant de former des citoyens, à les adapter à notre société. Nous devons leur donner la possibilité de réfléchir sur notre société et la changer s'ils le désirent.
L'éducation, au sens de l'orientation et le choix de la vie, est essentiellement de la responsabilité des parents. Ils peuvent, s'ils le désirent, déléguer une partie de cette responsabilité et sont en droit d'exiger que les éducateurs à qui ils confient cette tâche respectent leurs convictions.
Faire le contraire s'apparente à de la dictature. La réalité montre d'ailleurs que l'école échoue lorsqu'elle veut éduquer. Le niveau actuel de la délinquance juvénile ou du comportement d'une partie de la jeunesse en est la preuve. Seule la mobilisation de chaque famille pour éduquer ses enfants peut changer la situation. Le rôle de l'Etat consiste donc à donner à l'école tous les moyens pour instruire efficacement la jeunesse. Il devrait également garantir une liberté totale d'offre d'enseignement, ce qui permettrait à chaque famille de choisir l'école qu'elle souhaite pour ses enfants/ Mais ceci est un autre débat.
Pour redonner un nouveau souffle à notre système scolaire, il suffirait de libérer les initiatives, de promouvoir les méthodes efficaces et de permettre aux enseignants de développer leurs talents en reconnaissant leurs mérites.
Rédigé par : grégoire kueny | 07 septembre 2005 à 15:40